Pourquoi les musulmans portent une chechia ?

musulman et chechia

Les musulmans portent la chechia à la mosquée depuis des siècles, et pourtant aucun texte ne la rend obligatoire. Vous pouvez donc la présenter à votre enfant comme un beau geste à imiter, sans en faire une règle qu’il subit.

  • Les musulmans portent une chechia pour suivre l’exemple du Prophète (paix et salut sur lui), qui se couvrait la tête, et pour soigner leur tenue à la prière.
  • Aucun texte ne l’impose, si bien qu’un homme ou un garçon qui prie tête nue accomplit une prière valable.
  • Un enfant peut la porter dès qu’il en a envie, puisque aucun texte ne fixe d’âge.
  • À l’école publique, mieux vaut la laisser à la maison, car la loi y interdit les signes religieux ostensibles.

Pourquoi les musulmans se couvrent-ils la tête ?

Pour suivre l’exemple du Prophète (paix et salut sur lui)

Jabir ibn Abdillah raconte que le Prophète (paix et salut sur lui) est entré à La Mecque, le jour de la conquête, avec un turban noir sur la tête. ‘Amr ibn Hurayth le revoit sur la chaire, coiffé de ce turban dont les deux extrémités retombaient entre ses épaules (les deux récits figurent dans le recueil de Mouslim). Les biographes ajoutent qu’il possédait de petites coiffes qui moulaient la tête, très proches de nos chechias, et qu’il en a laissé trois ou quatre à sa mort, dont une blanche.

Après lui, les premiers musulmans ont continué à se couvrir la tête. Al-Hasan al-Basri, qui a connu les compagnons, rapporte que les gens se prosternaient sur leur turban et sur leur calotte lorsque le sol brûlait (Boukhari). Quand un musulman pose aujourd’hui une chechia sur sa tête avant de partir à la mosquée, il pense à ces hommes et au Prophète (paix et salut sur lui) qu’ils suivaient, de la même façon qu’il choisit un qamis pour le vendredi.

Pour soigner leur tenue à la prière

Allah demande aux croyants de soigner leur tenue lorsqu’ils viennent prier, et ce verset s’adresse à tous les enfants d’Adam.

يَا بَنِي آدَمَ خُذُوا زِينَتَكُمْ عِندَ كُلِّ مَسْجِدٍ

« Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de prière, portez votre parure. » Sourate Al-A’raf, verset 31

Voilà pourquoi tant d’hommes gardent une chechia dans la poche de leur veste ou près du tapis de prière, même lorsqu’ils sortent tête nue le reste de la journée. Ils la mettent pour la même raison qu’ils enfilent un vêtement propre avant de se présenter devant leur Seigneur.

Ce souci devient plus visible encore le vendredi et les jours de fête. L’imam Boukhari a consacré un chapitre à la plus belle tenue du vendredi, et il y rapporte qu’Omar ibn al-Khattab a proposé au Prophète (paix et salut sur lui) d’acheter une belle tunique pour ce jour-là et pour recevoir les délégations. Le Prophète (paix et salut sur lui) a refusé parce que la tunique était en soie, sans rien reprocher à l’idée de bien s’habiller pour la prière. Il conseillait aussi de porter du blanc, en disant que ce vêtement compte parmi les meilleurs (Tirmidhi), et vous croiserez d’ailleurs beaucoup de chechias blanches dans les rangs d’une mosquée.

Le Darul Iftaa de Jordanie part du verset de la parure dans sa fatwa n° 2879, qui juge le couvre-chef recommandable dans les pays où les gens le considèrent comme une parure, et simplement permis ailleurs.

Par fidélité à leur famille

Beaucoup de musulmans y ajoutent une raison plus simple, parce que leur père et leur grand-père en portaient une avant eux. Un enfant qui grandit à côté de cette habitude la reprend souvent sans qu’on le lui demande. Ce geste n’oblige pourtant personne.

La chechia est-elle obligatoire ?

Non, ni pour l’homme ni pour le garçon. La tête ne fait pas partie de ce qu’un homme doit couvrir pour que sa prière soit valable. Le pèlerinage le montre bien, puisque le pèlerin en ihram, à qui le Prophète (paix et salut sur lui) a interdit le turban et le burnous (Boukhari), accomplit toutes ses prières la tête découverte.

Les savants ne s’accordent pas pour autant sur le mérite du geste. Le Darul Iftaa cite un ouvrage chaféite qui juge réprouvé de prier tête nue, mais sa fatwa ne trouve aucun hadith authentique qui ferait du couvre-chef une sunna assortie d’une récompense précise. Elle rappelle aussi que le turban était l’habit ordinaire des Arabes de l’époque. Chacun peut donc porter sa chechia par amour de cet exemple, sans reprocher à son voisin de rang, ni à son fils, de prier sans.

L’origine de la chechia

Le mot viendrait de Chach, l’ancien nom de Tachkent, et Ibn Battûta l’employait déjà vers 1327 lors de son passage à Chiraz. Au Maghreb et en Égypte, il a longtemps désigné une calotte autour de laquelle les hommes enroulaient une étoffe pour former un turban, ce qui rapproche nos chechias de ce que leurs ancêtres portaient sous le leur.

En Tunisie, où les artisans fabriquent encore la chechia rouge en laine, la tradition attribue ce savoir-faire aux Morisques chassés d’Espagne au début du XVIIe siècle, et la médina de Tunis lui a consacré trois souks dès 1691. Les couleurs changent d’une région à l’autre, avec le rouge vermillon en Tunisie et dans l’est de la Libye, et le noir dans le reste de la Libye.

Astuce pratique. Racontez à votre enfant le voyage d’une chechia traditionnelle, car il regardera sa petite coiffe autrement. Djerba et Gafsa filent la laine, l’Ariana la tricote, El Batan la foule, El Alia la carde, Zaghouan la teint et Tunis lui donne sa forme finale.

Chechia, kufi, taqiya et les autres coiffes

Les mêmes coiffes changent de nom et de forme d’un pays à l’autre, et les fidèles qui vont à la mosquée en France portent le plus souvent une calotte fine, blanche ou de couleur.

  • La chechia ou chachia. Les fidèles la portent en France et au Maghreb, en calotte fine ou, en Tunisie, en laine rouge.
  • La taqiya. On appelle ainsi la petite calotte ronde dans tout le monde musulman.
  • Le kufi. Ce nom s’emploie surtout en Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria, ainsi qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni.
  • Le songkok ou peci. Les hommes le portent en Indonésie et en Malaisie, et il dérive du fez, avec un sommet plat et sans bord.
  • Le topi sindhi. Ce bonnet du Pakistan présente une ouverture sur le devant, qui permet de poser le front au sol pendant la prière sans le retirer.
  • Le fez ou tarbouch. Ce chapeau rigide orné d’un pompon n’a pas la souplesse d’une chechia, et la Turquie l’a interdit par une loi de 1925.
  • Le turban ou imama. Cette longue étoffe s’enroule autour de la tête, souvent par-dessus une calotte.

La chechia reste souple, et un homme peut ainsi choisir sa chechia à bande ou en version fine, en blanc ou dans une teinte assortie à son qamis, sans que son choix change quoi que ce soit au sens du geste. Toutes ces nuances n’intéressent guère un petit garçon, qui retient surtout que son père en met une avant de sortir.

À quel âge mettre une chechia à son enfant ?

Aucun texte ne fixe d’âge, et un petit garçon qui voit son père se préparer pour la mosquée réclame souvent la sienne bien avant de savoir prier. Profitez de cet élan, parce qu’un enfant retient mieux ce qu’il a voulu faire que ce qu’on lui a imposé. Le moment le plus naturel arrive lorsque vous commencez à lui apprendre la prière. La chechia trouve encore mieux sa place vers sept ans, l’âge où le Prophète (paix et salut sur lui) a demandé aux parents d’ordonner la prière à leurs enfants.

L’histoire de ‘Amr ibn Salama

‘Amr ibn Salama avait six ou sept ans lorsque sa tribu l’a choisi pour diriger la prière, parce qu’il connaissait le Coran mieux que les autres, et sa burda était si courte qu’elle le découvrait à chaque prosternation. Une femme de la tribu l’a fait remarquer, les gens ont acheté du tissu pour lui faire coudre une chemise, et il a dit plus tard qu’aucun objet ne l’avait jamais rendu aussi heureux (Boukhari). Une chechia bien à lui, choisie avec lui, peut donner la même fierté à votre fils. Offrez-la lui à un moment qui compte, par exemple la veille de l’Aïd ou le premier vendredi où vous l’emmenez à la mosquée, et laissez-le la mettre lui-même devant le miroir.

Et pour les petites filles ?

Une petite fille qui voit son frère avec une chechia voudra peut-être la même, et rien ne vous empêche de la lui laisser à la maison, d’autant qu’en Algérie les femmes portent une version conique les jours de fête. Pour prier, elle préférera sans doute un petit voile de prière à sa taille, puisque les femmes couvrent leurs cheveux pendant la prière.

Comment lui en parler selon son âge

Avant 7 ans

Quelques mots suffisent, parce qu’un jeune enfant comprend surtout ce qu’il voit. Vous pouvez lui dire que papa met sa chechia pour être beau devant Allah, et que le Prophète (paix et salut sur lui) se couvrait lui aussi la tête.

De 7 à 10 ans

Il peut entendre davantage, et l’histoire de ‘Amr ibn Salama lui plaira sans doute, puisqu’elle met en scène un garçon de son âge devant toute une tribu. Expliquez-lui aussi que la chechia ne rend personne meilleur qu’un autre et que celui qui prie sans n’a rien fait de mal, afin qu’il ne fasse pas la leçon à ses camarades de la mosquée.

Vers 11 ou 12 ans

Votre fils peut la trouver gênante devant ses amis. Laissez-lui cette liberté, parce que le Prophète (paix et salut sur lui) a demandé de faciliter les choses aux gens et de ne pas les éloigner de la religion (Boukhari). Continuez à porter la vôtre, laissez la sienne à portée de main et reparlez-en sans insister, car il la remettra plus volontiers s’il a le sentiment de la choisir.

Les questions qu’il peut vous poser

  • Pourquoi l’imam porte-t-il un turban ? Répondez-lui que chacun suit l’habitude de sa famille et de son pays, et que tous prient le même Seigneur.
  • Pourquoi mon oncle n’a rien sur la tête ? Rappelez-lui que la chechia n’est pas obligatoire et que la prière de son oncle reste valable.
  • Que répondre à un camarade qui m’interroge ? Il peut dire simplement qu’il la met pour prier, comme le faisait le Prophète (paix et salut sur lui).

Bien choisir sa chechia et la porter au quotidien

Quelques habitudes simples lui rendront la chechia agréable, au lieu de la laisser au fond d’un tiroir.

  • Prenez-la à sa taille. Choisissez une chechia enfant fine, parce qu’un modèle d’adulte lui tombera sur les yeux et finira par terre à la première inclinaison.
  • Laissez-le choisir la couleur. Il y tiendra davantage, et rien n’oblige à prendre du blanc tous les jours.
  • Rangez-la avec son petit tapis. Il prendra l’habitude de sortir les deux ensemble au moment de prier.
  • Retirez-la pour les ablutions. Sa main mouillée passera bien sur ses cheveux, et il la remettra une fois qu’il a terminé.
  • Gardez son front dégagé. Vérifiez qu’elle reste au-dessus du front pour que celui-ci touche bien le sol à la prosternation.
  • Lavez-la souvent. Un enfant qui court toute la journée transpire vite, et une chechia propre fait partie de la belle tenue.

L’erreur à éviter. Reprendre un enfant qui retire sa chechia au bout de dix minutes ne sert à rien, puisque sa prière reste valable. Le Prophète (paix et salut sur lui) priait parfois en portant sa petite-fille Umama, qu’il posait à terre pour se prosterner et reprenait en se relevant (Boukhari). Une chechia tombée sur le tapis ne mérite donc aucune remontrance.

La chechia à l’école publique

Dans une école, un collège ou un lycée public, mieux vaut la laisser à la maison. L’article L. 141-5-1 du Code de l’éducation interdit aux élèves les signes et tenues par lesquels ils manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. La circulaire du 18 mai 2004 cite la kippa parmi les exemples, ce qui rapproche beaucoup la chechia de ce cas même si aucun texte ne la nomme. Ce texte ne vise que les établissements publics, et si votre enfant va dans une école privée, renseignez-vous sur son règlement intérieur.

Dans la rue, au parc ou à la mosquée, aucune loi n’interdit à votre fils de la porter. Il la retrouvera en rentrant de l’école et aux cours de Coran, où elle a toute sa place.

Qu’Allah accorde à vos enfants l’amour de la prière et de l’exemple de Son Prophète (paix et salut sur lui).

FAQ : les musulmans et la chechia

Comment s’appelle le bonnet que portent les musulmans ?

On l’appelle chechia ou chachia en France et au Maghreb, kufi ou taqiya dans d’autres pays. Le turban, lui, porte le nom d’imama en arabe.

La chechia est-elle une obligation en islam ?

Non, aucun texte ne l’impose aux hommes ni aux garçons. Beaucoup la portent pour suivre l’exemple du Prophète (paix et salut sur lui) et pour soigner leur tenue à la prière.

Peut-on prier sans chechia ?

Oui, la prière reste valable tête nue, puisque la tête ne fait pas partie de ce que l’homme doit couvrir. Le pèlerin en ihram prie d’ailleurs toujours la tête découverte.

Peut-on prier avec une casquette ?

Oui, la prière reste valable à condition que la visière ne vous empêche pas de poser le front au sol. Beaucoup de fidèles préfèrent tout de même une chechia, qu’ils jugent plus digne pour se présenter à la prière.

Le Prophète portait-il une chechia ?

Il portait un turban, comme le rapportent les hadiths de Mouslim, et les biographes mentionnent aussi de petites coiffes qui moulaient la tête. Islamweb n’a trouvé en revanche aucune preuve qu’il ait porté une ghutra.

À partir de quel âge un garçon peut-il porter une chechia ?

Aucun texte ne fixe d’âge, si bien qu’il peut la porter dès qu’il en a envie. Beaucoup de parents la proposent au moment où ils commencent à lui apprendre la prière.

Une fille peut-elle porter une chechia ?

Oui, mais par tradition plutôt que par religion. En Algérie, par exemple, les femmes portent une version conique les jours de fête, alors que les modèles pour enfants vendus en boutique visent surtout les garçons.

Mon fils peut-il porter sa chechia à l’école ?

Pas dans un établissement public, parce que la loi y interdit aux élèves les signes qui montrent ostensiblement leur religion. Il peut la garder pour la maison, la mosquée et les cours de Coran.

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